L'engagement individuel de pension reste l'un des canaux les moins taxés pour transférer de la trésorerie de société vers le patrimoine privé du dirigeant. Mais 2026 en redessine les contours : la cotisation Wijninckx quadruple, la règle des 80 % se recalcule sur une rémunération minimale relevée, et la réforme Arizona annonce une refonte du deuxième pilier. État des lieux.

Réponse directe

L'EIP demeure déductible à l'ISOC en 2026 dans les limites de la règle des 80 % (art. 59 et 195 CIR 92). La cotisation Wijninckx passe de 3 % à 12,5 % dès l'année de cotisation 2026 (loi du 11 décembre 2025), mais ne frappe que les constitutions de pension dépassant un objectif d'environ 97.548 € par an — la plupart des plans de dirigeants de PME ne sont pas concernés.

Un engagement individuel de pension est un contrat d'assurance que votre société souscrit à votre profit exclusif : elle paie les primes, les déduit de sa base imposable, et le capital constitué vous revient personnellement à la pension. Le mécanisme cumule trois avantages rares en fiscalité belge : une charge déductible à l'ISOC, une capitalisation à l'abri de l'impôt pendant la phase d'épargne, et une taxation finale à taux réduit. C'est précisément parce qu'il est efficace que le législateur en surveille les limites — et 2026 en ajuste plusieurs.

La règle des 80 % : le plafond qui gouverne tout

La déductibilité des primes EIP est conditionnée par la règle des 80 % : la pension totale projetée — pension légale plus pensions complémentaires du deuxième pilier — ne peut excéder 80 % de la dernière rémunération annuelle brute normale du dirigeant (art. 59 CIR 92). Tout ce qui dépasse ce plafond est rejeté en dépense non admise.

Le paramètre décisif est donc votre rémunération. Et c'est ici que 2026 produit un effet mécanique souvent négligé : la rémunération minimale de dirigeant pour accéder au taux réduit à l'ISOC est passée de 45.000 € à 50.000 € (indexée), avec un maximum de 20 % d'avantages de toute nature. Les dirigeants qui ont relevé leur rémunération pour préserver le taux réduit ont, du même coup, élargi leur capacité de prime EIP déductible.

Seconde condition, moins connue mais redoutable en contrôle : le dirigeant doit percevoir une rémunération régulière et mensuelle, imputée sur les résultats de la période imposable (art. 195, §1er, al. 2 CIR 92). Une rémunération versée en une fois en fin d'exercice, ou comptabilisée en compte courant sans paiement effectif, expose la déduction des primes au rejet — l'administration l'a rappelé dans plusieurs dossiers récents.

Point de vigilance

Sans rémunération mensuelle effective, le fisc frappe deux fois : rejet de la déduction des primes chez la société, et maintien de la taxation du capital chez le dirigeant à la sortie. La régularité des paiements n'est pas un détail administratif — c'est la condition d'existence fiscale de votre EIP.

Wijninckx à 12,5 % : le coup de frein sur les plans les plus élevés

La cotisation Wijninckx est une cotisation sociale spéciale qui vise les constitutions de pension complémentaire les plus importantes. Elle s'élevait à 3 % de l'accroissement des réserves de pension au-delà d'un seuil. La loi du 11 décembre 2025, publiée au Moniteur belge le 30 décembre 2025, l'a portée à 12,5 % dès l'année de cotisation 2026 — sans montée progressive.

Le seuil de déclenchement reste toutefois élevé : la cotisation ne s'applique que lorsque l'objectif de pension dépasse la pension maximale de la fonction publique, soit environ 97.548 € par an. Concrètement, un dirigeant de PME dont l'EIP vise un capital correspondant à une rente inférieure à ce plafond n'est pas concerné. La mesure cible les plans de très haut niveau — ceux-là voient leur coût marginal augmenter substantiellement.

S'ajoute à cela la taxe d'assurance de 4,4 % sur chaque prime versée, elle-même déductible comme la prime. Le rendement fiscal global de l'EIP reste positif, mais l'écart entre un plan calibré sous les seuils et un plan surdimensionné s'est creusé.

Le backservice : rattraper dix ans en une prime

L'EIP permet de financer rétroactivement les années durant lesquelles aucune pension complémentaire n'a été constituée. Ce backservice couvre les années de carrière dans la société, mais aussi jusqu'à dix années prestées avant l'entrée en fonction — y compris hors de la société actuelle. Pour un dirigeant qui a longtemps privilégié l'investissement dans son entreprise au détriment de sa pension, la prime unique de rattrapage est un levier de déduction immédiate significatif, toujours dans la limite des 80 %.

Une année de résultats exceptionnels se prête particulièrement bien à l'exercice : la prime de backservice absorbe une partie du bénéfice imposable l'année de son versement, tout en transférant de la valeur vers le patrimoine privé du dirigeant.

La sortie : 10 % si vous tenez jusqu'à l'âge légal

La taxation du capital à la sortie dépend de votre âge et de votre statut d'activité au moment du versement. Depuis février 2025, l'âge légal de la pension est de 66 ans ; il passera à 67 ans en 2030.

Situation au versementTaux d'imposition
À l'âge légal, resté effectivement actif jusque-là10 %
À l'âge légal, sans activité ininterrompue16,5 %
Retrait anticipé (61-62 ans)18 %
Retrait anticipé (60 ans)20 %

Dans tous les cas s'ajoutent la cotisation INAMI de 3,55 % et une cotisation de solidarité de 0 à 2 % selon le montant du capital. « Rester effectivement actif » suppose une affiliation ininterrompue à une caisse d'assurances sociales et le paiement de cotisations d'indépendant à titre principal durant les trois années précédant l'âge légal — une condition à documenter, pas à présumer.

Ce que la réforme Arizona réserve

L'accord de gouvernement Arizona prévoit une harmonisation des régimes du deuxième pilier des indépendants (PLCI, EIP, CPTI) et une réforme de la règle des 80 %. À ce jour, la règle des 80 % reste pleinement applicable : les textes de remplacement n'ont pas encore été adoptés. Les primes versées sous le régime actuel conservent leur traitement fiscal.

Et au-delà du plafond EIP ?

La force de l'EIP est aussi sa limite : la règle des 80 % borne structurellement ce que la société peut transférer par ce canal. Pour un dirigeant dont la trésorerie excédentaire dépasse la capacité de prime déductible, la question devient : que faire du surplus ?

C'est là que l'architecture patrimoniale complète reprend ses droits. La réserve de liquidation offre une sortie différée à coût réduit. Le bail mobilier d'œuvres d'art permet une charge déductible à l'ISOC (art. 49 CIR 92) adossée à un actif corporel hors du champ des nouvelles taxes sur actifs financiers. L'EIP, la réserve de liquidation et les actifs réels ne se concurrencent pas : ils se superposent, chacun dans sa limite propre.

Le bon calibrage — quelle rémunération, quelle prime, quel backservice, quel véhicule pour le surplus — dépend de votre situation. C'est exactement le type d'arbitrage que nous passons en revue lors d'un premier entretien confidentiel, avec vos conseillers existants.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un EIP et qui peut en bénéficier ?
Un contrat d'assurance pension souscrit par la société au profit de son dirigeant indépendant. Les primes sont déductibles à l'ISOC si la règle des 80 % est respectée (art. 59 CIR 92) et si le dirigeant perçoit une rémunération régulière et mensuelle (art. 195 CIR 92).

La cotisation Wijninckx de 12,5 % s'applique-t-elle à tous les EIP ?
Non. Elle ne vise que la constitution de pension au-delà d'un objectif d'environ 97.548 € par an, aligné sur la pension maximale de la fonction publique. La majorité des plans de dirigeants de PME restent sous ce seuil.

Quel impôt paie-t-on à la sortie du capital EIP ?
10 % à l'âge légal si vous êtes resté effectivement actif, après INAMI (3,55 %) et cotisation de solidarité (0 à 2 %). En retrait anticipé : 16,5 % à 20 % selon l'âge.

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