La réserve de liquidation est l'un des outils les plus efficaces dont dispose un dirigeant de PME belge pour faire sortir sa trésorerie à un coût maîtrisé. La réforme Arizona la rend plus rapide — délai d'attente ramené de cinq à trois ans — mais aussi plus chère : le précompte mobilier de sortie passe de 5 % à 9,8 %. Derrière l'apparente simplicité, deux régimes coexistent désormais. Voici comment s'y retrouver.
Pour les réserves de liquidation constituées à partir du 1er janvier 2026, le délai d'attente passe de cinq à trois ans, mais le précompte mobilier dû lors de la distribution est relevé de 5 % à 9,8 %. Combiné à la cotisation distincte de 10 % payée à la constitution, ce taux porte la charge fiscale effective à environ 18 % (contre 13,64 % auparavant). Les réserves constituées jusqu'au 31 décembre 2025 conservent l'ancien régime : cinq ans d'attente et précompte de 5 %. Le relèvement à 9,8 % s'applique aux dividendes attribués ou mis en paiement à partir du 11 juin 2026.
Pendant dix ans, la réserve de liquidation a été le compromis préféré des dirigeants prudents. On constituait la réserve à la clôture, on patientait, et l'on récupérait sa trésorerie à un coût total que peu d'autres mécanismes savaient égaler. La réforme Arizona ne supprime pas cet outil — elle le réajuste. Et comme souvent en fiscalité belge, le diable se loge dans la combinaison des dates et des taux.
L'objet de cet article est de poser les chiffres exacts, tels qu'ils résultent de l'état du droit en juin 2026, et de montrer pourquoi la décision de constituer ou de distribuer une réserve dépend désormais étroitement de l'année de constitution.
Le mécanisme en une phrase
La réserve de liquidation permet à une petite société (au sens de l'article 1:24 du Code des sociétés et des associations) d'affecter tout ou partie de son bénéfice après impôt à une réserve spéciale, moyennant le paiement immédiat d'une cotisation distincte de 10 %. Cette cotisation est définitive. En contrepartie, la distribution ultérieure de cette réserve bénéficie d'un précompte mobilier réduit, à condition de respecter un délai d'attente.
Le régime trouve son fondement dans le CIR 92 (articles 184quater et 269 §1er, 8°). Son intérêt tient à la prévisibilité : à la différence du dividende ordinaire, frappé d'un précompte de 30 %, la réserve de liquidation offre un coût total connu d'avance et étalé dans le temps.
Ce que change réellement la réforme Arizona
L'accord de gouvernement Arizona du 31 janvier 2025 affichait un objectif clair : aligner la fiscalité de la réserve de liquidation sur celle du VVPRbis. Deux paramètres ont été modifiés, dans deux directions opposées.
Le délai d'attente est raccourci. Pour les réserves nouvellement constituées, le délai à respecter avant de pouvoir distribuer au taux réduit passe de cinq à trois ans. C'est un gain de liquidité réel : le dirigeant récupère sa trésorerie au coût réduit deux ans plus tôt.
Le précompte de sortie augmente. En contrepartie, le précompte mobilier dû à la distribution après le délai d'attente est relevé. La première étape de la réforme (loi-programme du 18 juillet 2025) l'avait porté de 5 % à 6,5 %. Une seconde loi-programme, déposée début 2026, est allée plus loin : le taux est désormais fixé à 9,8 %, de manière à atteindre une charge fiscale effective globale de 18 % — strictement alignée sur le nouveau taux VVPRbis.
Une même société peut détenir, en juin 2026, des réserves « anciennes » (constituées jusqu'au 31 décembre 2025, taux de 5 % après 5 ans) et des réserves « nouvelles » (constituées à partir de 2026, taux de 9,8 % après 3 ans). Les deux ne se distribuent pas dans les mêmes conditions. Distribuer la mauvaise tranche au mauvais moment peut coûter plusieurs points de précompte inutiles. Avant toute distribution, il est indispensable d'identifier la composition exacte des réserves, exercice par exercice.
Les chiffres comparés, exercice par exercice
Le tableau ci-dessous résume l'état du droit applicable en fonction de l'année de constitution de la réserve.
| Paramètre | Réserve constituée ≤ 31/12/2025 | Réserve constituée à partir de 2026 |
|---|---|---|
| Cotisation à la constitution | 10 % | 10 % |
| Délai d'attente | 5 ans | 3 ans |
| Précompte à la distribution (délai respecté) | 5 % | 9,8 % |
| Charge fiscale effective totale | ≈ 13,64 % | ≈ 18 % |
| Distribution anticipée (avant le délai) | 30 % | 30 % |
La charge effective de 13,64 % de l'ancien régime s'explique par la mécanique des taux : sur 100 € de bénéfice, la cotisation de 10 % laisse une réserve nette de 90,91 €, sur laquelle s'applique ensuite le précompte de 5 %. L'addition des deux prélèvements, rapportée au bénéfice initial, aboutit à environ 13,64 %. Avec un précompte porté à 9,8 %, le même calcul conduit à une charge effective d'environ 18 %.
La date charnière : 11 juin 2026
Le relèvement du précompte à 9,8 % ne frappe pas les réserves anciennes. Il s'applique aux dividendes attribués ou mis en paiement à partir du 11 juin 2026, soit le dixième jour suivant la publication de la loi-programme au Moniteur belge. Pour les réserves constituées jusqu'au 31 décembre 2025, le taux de 5 % reste acquis une fois le délai de cinq ans purgé — c'est tout l'objet du régime transitoire.
Cette date crée une asymétrie stratégique. Un dirigeant qui dispose de réserves anciennes arrivées à maturité a intérêt à examiner attentivement le calendrier de ses distributions, car ce sont les réserves les moins chères de son bilan. À l'inverse, les réserves constituées à partir de 2026 obéissent à la nouvelle grille, sans choix possible.
Même à 18 % de charge effective, la réserve de liquidation demeure très inférieure au précompte ordinaire de 30 % sur un dividende classique. Et le passage à trois ans améliore sensiblement la liquidité de l'outil : pour une société qui constitue une réserve aujourd'hui, la trésorerie redevient mobilisable à coût réduit dès 2029. Sur des horizons de transmission ou de réinvestissement, ce raccourcissement compense en partie la hausse du taux.
Un cas chiffré pour fixer les idées
Prenons une PME belge dont le bénéfice après ISOC s'élève à 100 000 €, intégralement affecté à une réserve de liquidation.
À la constitution, la cotisation distincte de 10 % représente 10 000 €. La réserve nette inscrite au bilan est donc de 90 000 € (en pratique, 90 909 € si l'on raisonne sur une base de 100 000 € brute, mais retenons l'ordre de grandeur).
Sous l'ancien régime (réserve constituée en 2025), après cinq ans, la distribution supporte un précompte de 5 %, soit environ 4 545 €. Le dirigeant perçoit à peu près 86 360 € net, pour une charge totale d'environ 13,64 %.
Sous le nouveau régime (réserve constituée en 2026), après trois ans, la distribution supporte un précompte de 9,8 %, soit environ 8 900 €. Le dirigeant perçoit à peu près 82 000 € net, pour une charge totale d'environ 18 %. La différence — de l'ordre de 4 360 € sur 100 000 € — est le prix du nouvel équilibre : deux ans gagnés contre quatre points de charge supplémentaires.
Réserve de liquidation, VVPRbis ou bail mobilier : comment arbitrer
La réforme rapproche fortement le coût de la réserve de liquidation et celui du VVPRbis — les deux convergent vers 18 % de charge effective. Le choix entre les deux se joue alors moins sur le taux que sur les conditions d'éligibilité et le calendrier : le VVPRbis suppose un apport en numéraire éligible et raisonne par exercice depuis l'apport, tandis que la réserve de liquidation se constitue librement sur le bénéfice de l'exercice, sans condition d'apport.
Pour un dirigeant qui cherche à neutraliser l'effet de la hausse, d'autres approches structurelles méritent l'examen. Le bail mobilier d'œuvre d'art, en particulier, n'obéit à aucune logique d'attente : la charge locative est déductible à l'ISOC dans les conditions de l'article 49 CIR 92, et l'œuvre, en tant que bien meuble corporel non financier, reste hors champ de la taxe Arizona sur les plus-values. Là où la réserve de liquidation gère la sortie de trésorerie, le bail mobilier agit en amont, sur la base imposable elle-même.
Aucun de ces outils n'est supérieur dans l'absolu. La bonne décision dépend de l'horizon, de la composition du bilan et des objectifs personnels du dirigeant — c'est précisément ce qui se décide en entretien, pas dans un tableau.